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La pompe à Incendie

17/07/2009 - Lu 1815 fois
différents feux dans la commune d'Asnan
l'achat de la pompe

LES INCENDIES DE 1868 ET LA POMPE A INCENDIE D’ASNAN

 
 
En jaune  Les différentes rues du village.
 
En noires: les maisons ayant brulées.
 
En gris : Les maisons restantes.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L’utilité des sapeurs pompiers n’est pas a prouver et l’actualité nous le confirme si le besoin était.

 Depuis l’antiquité et jusqu’à un époque récente, la plupart des toits étaient encore couverts en chaume (les derniers ont subsisté rue d’ Huban) et seules quelques maisons bourgeoises couvertes en tuiles, principalement autour de la place, ont résisté aux flammes.Les assurances incendies étaient rares ; les sinistrés perdaient tout et ces drames étaient hélas fréquents dans l’histoire de notre village. Nous en voyons encore les traces dans les pierres de réemploi rougies par le feu.

On se souvient des incendies les plus récents et plus particulièrement ceux des 30 juin et 7 juillet 1868 qui ravagèrent une grande partie d’Asnan et marquèrent fortement les esprits.

 Le curé de l’époque en fait une description véritablement apocalyptique :

 « (le 30 juin 1868) Le feu a pris dans la cheminée de la veuve Renault (rue d’Egypte), cheminée chauffée toute la journée pour les lessives et qui n’avait pas été nettoyée depuis de nombreuses années. Elle et sa fille meurent asphyxiées. Le vent soulève et porte au loin des tourbillons de paille enflammées qui jettent le désordre et l’incendie partout. On arrive à l’arrêter au débouché de la place aux toitures couvertes en tuiles.

 

         L’incendie a dévoré 95 maisons, 120 granges, la rue d’Egypte, de Tannay et la rue de Corbigny (Germenay) et la moitié de la rue du Coq. Ce spectacle était des plus effrayant. Ce n’était plus un feu mais des gerbes de feu, un fleuve de feu débordant sur toutes les habitations avec une telle célérité que rien ne pouvait l’arrêter ! Un étang de feu ! Quel affreux et désolant spectacle. De toute part l’atmosphère est en feu, on n’entend que le pétillement de la paille, les craquements des bois, les détonations de la pierre brûlée semblables au bruit de la mitraille de canon. Partout les cris déchirants des animaux mêles aux lamentations désolantes des père et des mères de famille, des cris perçants des enfants qui se sauvent de toutes parts. A ux premiers rayons de soleil, Asnan n’est plus qu’un monceau de ruines. 67 familles sinistrées.

  Une semaines plus tard, le 7 juillet 1868, un second incendie se déclare dans le haut de la rue de Grenois. Attisé par un vent violent il consume 9 maisons et autant de granges avant d’être circonscrit par les pompiers d’Asnan et de Brinon.

 Une collecte a été organisé dans tout le département, sa répartition suscita des jalousies et des haines.

 Et l’almanach général de la Nièvre de 1869 rapporte ainsi l’événement :

   « Juillet 1868 : Grand désastre à Asnan. 240 bâtiments incendiés se composant de 90 maisons d’habitations, 81 granges et 64 écuries, dont 6 seulement assurés. Souscription publique dans la Nièvre. On estime les pertes à plus de 600000 francs frappant 95 ménages, soit environ 300 personnes environ.

 Nouvel incendie à Asnan : 9 maisons, 10 granges, 9 écuries, approvisionnements divers, 2 vaches sont la proie des flammes. Nouvelles pertes 40000 francs. Deux maisons assurées ».

On s’en doute, la répartition de la souscription publique départementale suscita bien des rancoeurs.

 Le corps des pompiers d’Asnan comptait en 1888 un effectif de 22 hommes dont un sous lieutenant, un sergent, deux caporaux. Cette unité réduite depuis, fut supprimée aux environs de 1954. les derniers chefs du corps furent : Gabriel BOIZOT, Henri PAGE, Paul JOUOT, les pompiers survivants de l’équipe de cette époque sont Roger COINTE, Jean PAGE et François PAUPERT.

 Dans les années d’avant guerre, les anciens se souviennent que chaque 14 juillet, jour de la fête nationale, les pompiers étaient rassemblés en uniforme, les cuirs et les cuivres astiqués. Ils avaient fière allure à défiler dans le village avec le tambour et clairon, sous le regard des habitants et escortés des enfants. Le soir, un banquet était organisé à tour de rôles par les cabaretiers d’Asnan. Plus tard, le repas fut remplacé par un tonneau de vin mis en perce dans la cour de l’école devant la mairie ( bibliothèque de nos jours), puis par un « pot » dans l’un des 3 cafés.

 Notre pompe à bras, vieille de 153 ans a donc largement fait ses preuves. Elle fut utilisée pour la dernière fois vers 1942 lors de l’incendie survenu chez M. CLIQUET rue d’Huban. Les anciens se souviennent que tout le village alerté par le tocsin a prêté main forte. Une chaîne humaine acheminait les seaux de toile remplis d’eau depuis la fontaine ; une seconde chaîne avec la participation des écoliers retournait les seaux vides.

 Elle fut remisée en 1954 dans son local. Elle reparaît 50 ans plus tard, restaurée par l’employé municipal de l’époque dans la cour de l’école autour d’un pot offert par la mairie aux habitants du village.

 Le marché de vente signé par le maire Jean RANVIER est daté du 8 mai 1856 (Second Empire) pour l’acquisition d’une pompe à incendie auprès des Ets DARASSE fils à Paris.

      

LA POMPE A INCENDIE  (COÛT)


 Il s’agit d’un modèle n°2 à guides-curseurs, corps de 110 mm, cuve d’une contenance de 120 litres, manœuvré par dix hommes et lançant l’eau à 33 mètres, d’un débit de 280 litres à la minute en donnant 120 coups de piston à la minute. Deux corps et récipient en cuivre ; système de pompe de la ville de Paris, toute montée, prête à fonctionner, peinte à l’huile, assemblage à vis sans soudure.
Le tout livré franc de port à Tannay pour la somme de 1260 francs.
 
Pour la mise en œuvre il faut faire glisser la pompe de dessus son chariot porteur et la déposer sur le sol. Il faut quatre hommes à chaque extrémité du levier pour l’actionner. Un sapeur dirigeait la lance fixée au bout de 2 rallonges de 8 mètres de tuyau en cuir clouté.
Il ne fallait pas être manchot pour faire fonctionner cette machine aussi près de l’atmosphère brûlante de l’incendie ; c’est ce qui explique la soif légendaire mais bien justifiée de nos pompiers.

                                                   JLP