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les Soeurs de la Charité

17/07/2009 - Lu 1078 fois
Ecole de filles à Asnan

Les sœurs de la Charité à Asnan…

        Au début du 19ème siècle, après la tourmente révolutionnaire, Nicolas Gasté était curé d’Asnan. Il était aussi le neveu du Nicolas Gasté rédacteur de signalés cahiers de doléances, insermenté, et qui est mort en déportation à Brest en 1794.
        Décédé à son tour en 1832, ce prêtre très estimé cède par testament à la Congrégation des sœurs de la Charité et de l’instruction chrétienne de Nevers, une maison meublée avec dépendances et jardin qu’il possède au fond de l’actuelle place du Gueur. Ceci afin d’assurer la présence permanente de trois religieuses pour la visite des pauvres et le soin des malades à domicile ainsi que pour l’instruction chrétienne des enfants de la paroisse.
A cette époque le monde rural dans sa très grande majorité vivait pauvrement et il n’existait pas la couverture sociale que nous connaissons aujourd’hui. Très dévouées, ces religieuses y suppléaient du mieux qu’elles pouvaient. Elles se répartissaient les tâches : l’une se chargeant des visites avec l’aide de sa pharmacopée de plantes médicinales, les autres plus particulièrement affectées aux deux classes.
En 1844 il y a déjà 34 élèves inscrits et ce chiffre ira en augmentant d’année en année.
En 1850, le Pensionnat de l’établissement est toujours tenu par trois sœurs. Le revenu annuel est de 800 francs, provenant en partie du budget communal grossi de l’apport de généreux donateurs.
        Au siècle dernier, la vie paysanne était incluse dans un cadre triangulaire comprenant la Famille, l’Église et l’École de la République qui inculquaient leurs valeurs.
        Les survivants de cette époque se souviennent de tout cela mais surtout de leur passage chez les sœurs ; il est vrai que pour eux ce fut leur premier contact avec le monde extérieur. Ils eurent la chance d’y rencontrer une figure exceptionnelle.
 
        Depuis la création du «couvent» en 1833 et jusqu’à sa dissolution, une quinzaine de religieuses séjournèrent à Asnan sans rarement dépasser l’effectif de trois. L’une d’elle a marqué les mémoires par sa longévité et son charisme : « sœur Charles ». On imagine encore ce petit brin de femme, toute menue et vive, émergeant d’une ample robe et plantée dans des chaussures paressant trop grandes, cadeau de quelque paroissien. Elle avait l’accent chantant et rocailleux du midi occitan tout à fait inédit sous notre latitude. Très patiente avec les enfants toujours un peu turbulents, elle savait ramener l’ordre par une autorité naturelle. Elle était spécialisée dans l’enseignement et avait l’art d’intéresser et de susciter l’éveil par des jeux que nous qualifierions aujourd’hui de pédagogiques. Elle puisait aussi dans la Bible des histoires qu’elle savait si bien conter. La récompense suprême était un goûter de pommes sucrées cuites au four ; mais il y avait aussi le banc des punis. Pour les villageois de tous bords elle était tout simplement «tante Charles».
 
        Anne Estanave est née à Villasavary près de Fangeaux (Aude) le 14 novembre 1861. Elle a 23 ans quand elle entre en religion sous le nom de «sœur Charles» le 29 septembre 1885 chez les sœurs de la Charité à Blaye (Gironde). Elle revêt alors l’habit traditionnel de l’ordre, robe noire et cornette blanche. Elle nous arrive à Asnan en mars de l’année 1890 pour y demeurer plus de 40 ans marquant ainsi de son empreinte deux générations.
 
        Pourtant elle n’est pas encore novice quand en 1876 elle se trouve chez les sœurs de la Charité de Nevers et fait une rencontre qui marquera sa vie à jamais. En effet c’est à Saint-Gildard que se trouve aussi, 18 ans après les apparitions de Lourdes, Bernadette Soubirou qui sera canonisée en 1933. Cet émoi est bien résumé dans ce paragraphe d’une revue religieuse :
 
 
Quand la petite Estanave vint de Cahors avec ses quinze printemps, Mère Marie-Thérèse lui dit : «mon enfant, nous ne pouvons pas vous recevoir maintenant, vous êtes trop jeune. Vous irez à Saint-Saulge (berceau de la congrégation) et vous y resterez le temps qu’il faudra ; mais ne partez pas sans aller voir Sœur Marie-Bernard. Ce sera une bénédiction pour votre vie». La petite courut aussitôt à l’infirmerie, où Bernadette lui donna ses encouragements et un baiser : «J’en étais si fière, nous dit Sœur Charles, que j’écrivis mon bonheur à ma mère».
 
        Après la Loi de séparation de l’Église et de l’État, l’institution fonctionna tant bien que mal. En 1906 à la fermeture de l’école, deux sœurs resteront pour assurer la garderie et quelques leçons particulières.
        En 1931 les religieuses quittent définitivement Asnan après un siècle de présence. Unanimement appréciées par toute la population rassemblée dans l’église pour leur rendre un hommage émouvant. Le maire, monsieur Gabriel Cointe, fera leur louange en insistant sur sœur Charles qui est restée plus de 40 ans à Asnan.
 
        Sœur Charles rejoint Corbigny où elle continuera pendant quelque temps d’enseigner avant de se retirer à la maison Saint François de Salles en 1941. Enfin, le 30 septembre 1944, âgée de près de 83 ans, la petite Anne Estanave s’en va rendre son baiser à sainte Bernadette quelle avait rencontrée 68 ans auparavant.
        A cette femme discrète, dévouée et respectable, nous devons bien une petite place dans la mémoire collective de notre village qui est aussi le sien.

                                                                          JLP